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Le Père Lachaise

 

3.4.04 18:44


 "Ma Bohème"

Je m' en allais, les poings dans mes poches crevées;

Mon paletot aussi devenait idéal

J' allais sous le ciel, Muse! et j' étais ton féal;

Oh! là là! que d' amours splendides j' ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.

_Petit-Poucet rêveur, j' égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse

_Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes

Ces bons soirs de septembre ou je sentais des gouttes

De rosés à mon front comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur

 

Arthur Rimbaud

3.4.04 19:00


DECOUVERTE DU PERE LACHAISE

C' est au printemps de l' année 2003 que j' ai découvert le cimetière du Père Lachaise. Tout à fait par hasard finalement.

J' habitais à Paris depuis bientôt huit ans. J' avais toujours été fascinée par cette ville et depuis que j' y résidais j' aimais y découvrir ses secrets et ses lieux cachés. Je m' y promenais beaucoup à pieds à la recherche d' une façade inédite, d' un porche introuvable abritant les plus fous des mystères...Je déambulais telle une fouine dans les musées parisiens les plus inaccessibles, me rendais aux nocturnes du musée du Louvre de manière quasi bimensuelle avec l' espoir caché de m' y laisser enfermer toute la nuit : les oeuvres de Van der Weyden et moi toute seule...!!! Jamais cependant je n' aurais eu l' idée d' aller me perdre dans un des cimetières parisiens fusse t' il le plus beau et le plus fameux. J' y voyais à l' époque une démarche morbide voire tout à fait malsaine.

Puis, l' an dernier, ma mère a quitté sa province pour venir vivre à Paris. J' aimais lui faire partager mes découvertes et mes endroits fétiches. Or, de son côté, elle avait très envie de visiter le Père Lachaise. Cela a été laborieux pour elle de me convaincre mais je m' y suis finalement résignée lorsqu' elle m' a annoncé qu' on allait y voir la tombe de mon peintre favori : Amedeo Modigliani.

Le premier contact a donc eu lieu un dimanche ensoleillé du mois d' avril. Totalement néophyte mais mue par mon impulsivité et par mon gout de la découverte et de l' aventure, je n' avais pas trouvé utile de nous munir d' un plan. Je n' avais pas conscience ce jour que la superficie du Père Lachaise avoisinait les 44 hectares. Ainsi après avoir déambulé pendant presque une heure dans les allées principales à la recherche de personnes celèbres que nous ne trouvions bien sur pas, je mis mon orgueuil dans ma poche pour demander mon chemin à un homme qui semblait familier des lieux. Nous n' avons trouvé ce jour là ni Modigliani, ni Edith Piaf que maman cherchait, seulement la tombe d' Henri Krazuki cernée par ses proches endeuillés. Drôle de surprise!

Ce premier contact approximatif a toutefois exercé sur moi une certaine attirance. J' étais fascinée par la beauté et la poésie du lieu. J' ignorais encore à quel point ce sentiment allait s' emplifier par la suite. Ce jour là je voulais surtout y revenir rapidement et en découvrir davantage.

 

Je décidai donc de m' y rendre de nouveau le dimanche suivant mais dans le cadre d' une visite commentée. En décortiquant l' Officiel des Spectacles" à la rubrique "Conférence" je fus interpelé par un sujet de visite qui retint toute mon attention "Les tombes perdues ou le Père Lachaise insolite" . Je n' imaginais pas combien cette nouvelle visite allait boulverser mon existence.

 

4.4.04 14:27


Cette visite fut conduite par Bertrand Beyern "nécrosophe" et grand spécialiste du Père Lachaise. Il nous a transporté avec un humour étonnant dans un univers féérique. J' étais éblouie! C' est un homme érudit et passionné et à ses côtés le Père Lachaise est passé du statut de cimetière à celui de musée enchanteur. Il nous a raconté maints histoires et anecdotes incroyables sur les "habitants" du lieu, les circonstances de leurs décès et les diverses réactions qu' ils suscitent encore. J' étais totalement séduite et forte de mes nouvelles connaissances, je voulais en découvrir davantage, je voulais en pénétrer les profondeurs, déceler tous les secrets de l' endroit.

J' avais envie de m' en impregner, de m' y enfouir totalement. C' était décidé et c' était devenu une évidence : cet endroit serait mien ; il allait devenir mon jardin secret.

 

 

4.5.03 21:59


Mes premiers pas

Durant l' été 2OO4 je suis retournée à plusieurs reprises au Père Lachaise, soit seule soit accompagnée. J' ai aimé faire découvrir cet univers à mes proches mais c' est seule que j' ai préféré venir m' y cacher, errer à la découverte de nouveaux endroits insolites. Sur la tombe de Modigliani que j' avais enfin découverte je venais déposer des reproductions de ses oeuvres afin que les visiteurs puissent les découvrir. Je ne suis peut être pas objective mais je suis très émue par cette tombe. Amédéo Modigliani, symbole de la débauche et de tous les excès est ici enterré avec sa compagne Jeanne Hébuterne qui s' est donnée la mort à 22 ans en se défenestrant le lendemain de sa mort à lui alors qu' elle était enceinte. Cette histoire me boulverse!Et puis j' ai découvert les tombes d' Alfred de Musset, de Chopin, de Desproges, de Géricault et tant d' autres anonymes mais si émouvantes...Ce qui m' a surtout beaucoup touché et boulversé c' est le fabuleux secteur romantique qui reste encore aujourd' hui pour moi une merveilleuse source d' inspiration. Il draine à la fois tant de mystère, de force er d' émotions

Puis l' automne et l' hiver sont arrivés et avec eux la pluie, le vent et le froid. Les paysages presque déserts du Père Lachaise m' ont moins inspirée. Je ne ressentais plus la protection végétale, plus de cachettes secrètes dans lesquelles me perdre. Je n' ai pas pour autant oublié mes "nouveaux amis" comme j' aime les appeler. J' ai relu Musset en écoutant Chopin, relu Colette, courru les musées pour revoir Modigliani ou Géricault...

Puis dès le mois d' avril 2005, aux premiers beaux jours je me suis sentie rappelée. Ma présence était redevenue évidente. J' ai dabord fait un grand tour pour reprendre mes marques. J' ai aussitôt été impregnée par les mêmes odeurs telluriques, reconnu les mêmes chants d' oiseaux : le joyeux chants des moineaux entrecoupé par les cris mystérieux et criards des corbeaux. L' atmosphère était inchangée comme si j' étais venue la veille. Et ce même calme, cette douce sérénité...inégalable! Je crois que ça m' avait manqué.

J' ai également participé à d' autres "safaris nécropolitains" conduits par Bertrand Beyern : "Les tombes célèbres du Père Lachaise", "Crimes au Père Lachaise. Tombes d' assassins et d' assassinés" et "L' humour noir au Père Lachaise". Des moments d' anthologie! Il faut les vivre pour le croire ; tenter de les résumer serait forcément réducteur. 

Ce printemps là, ma décision fut prise car j' en ressentais vivement  le besoin : je raconterai désormais chacune de mes visites. Cependant, je savais déjà que je ne parviendrai jamais vraiment à exprimer le fond de mes émotions à travers les mots, à cause certainement et malheureusement de la pauvreté de mon vocabulaire face à la richesse de mes émotions. 

1.5.04 22:53


Dimanche 30 mai 2005, fin de matinée : Juste une petite visite

Je me suis arretée métro Père Lachaise pour faire quelques courses alimentaires. Je ne pouvais décemment pas ne pas passer faire un petit tour. Je me suis directemenr enfouie dans la 62ème division, puis la 68ème et la 69ème. C' est une découverte ; je ne m' étais jamais vraiment attardée dans ces divisions trop proches à mon gout du monde des vivants. Elles dégagent beaucoup de charme. Ici dans le bas du cimetière, les moineaux sont joyeux et chantent à tue-tête ; j' ai l' impression que leur chant rythme mes pas. Je fais un long arrêt devant la Pietà de Del Duca par Messina. Toujours assi vibrante! Même impression que face à celle de Michel Ange :  elle me redonnerait presque la Foi. Je suis encore frappée par le fait qu' à cet endroit le chant des moineaux fait toujours place aux cris volontaires des corbeaus, comme si une ligne virtuelle séparait ces deux univers animaux. En effet l' atmosphère change ici radicalement. Je me laisse donc guider par ces cris dans la 53ème division vers la sépulture d' Adélaïde Morice par Léopold Morice : Le dernier Adieu d' une fille à sa mère. Cette sculpture me touche énormément ; elle émane à la fois une pureté et d' une force incroyable. Je la connaissais déjà par des photographies mais je la vois aujourd' hui pour la première fois. Je tourne autour, je meurs d' envie de l' escalader et de m' y blottir tout contre. Je n' ai pas trop le temps de m' assoir ce matin, je suis un peu prise par le temps, j' attends des amis pour dejeuner. J' étais juste venue me ressourcer un moment. Mes chers oiseaux me raccompagnent vers la sortie du boulevard et leurs chants semblent annoncer la pluie. Le ciel se charge en effet de gros nuages gris. Mes chers amis, je reviens bientôt. C' est promis!

 

 

30.5.05 13:34


Septembre 2006 : Comme il me manque mon jardin!

Cette année je ne me suis pas rendue une seule fois au Père Lachaise. Le temps m' a manqué un peu et j' ignore pourquoi mais je ne m' y suis pas sentie appelée. Aujourd' hui en cette fin du mois de septembre, mon jardin secret favori commence serieusement à me manquer. Vivement le printemps prochain que je puisse le voir refleurir et que la douceur de ses caresses me reveille du sommeil de l' hiver.

L' été dernier, j' y suis retournée régulièrement mais jamais seule (c' est pourquoi je n' ai pas raconté mes visites). J' ai voulu faire découvrir le lieu à mes proches, leur faire partager mes nouvelles connaissances et mes émotions. La plupart étaient enchantés mais certains paraissaient assez effrayés. "Cela reste quand même un cimetière!" disaient ils. C' était gentil à eux de me le rappeler c' est vrai que j' ai tendance à l' oublier. Et puis il m' est tout à fait impossible de réduire mon si bel enclos, si plein d' histoires et d' émotions à un vulgaire cimetière. Je trouve au contraire cet endroit féérique et plein de vie. Quoiqu' il en soit, il est vrai que je me trouve souvent confrontée aux regards suspicieux des autres lorsque j' évoque mon amour pour le Père Lachaise. Je me fais taxer de morbide, de gothique ou que sais je encore. Ainsi j' évite aujourd' hui d' en parler autour de moi ou alors seulement à des personnes que je juge susceptibles de partager même un petit peu mes sensations. Quelques vrais parisiens semblent apprécier le Père Lachaise (à part peut être ceux qui ont un proche reposant ici) ; je crois que pour certains, ils y viennent parfois pour fuir l' effervescence citadine. Certains autres l' appréhendent au même titre qu' un musée et viennent y admirer les anciennes sépultures ou la statuaire.

Globalement, les personnes qui me connaissent bien ne sont pas étonnées par mon attirance pour le Père Lachaise. Et cela me rassure...

22.9.06 17:10


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